Bruits de fond - Anne Karthaus
Bruits de fond
De tout temps, l'homme n'a jamais hésité à se déplacer. De prime abord par esprit d'aventure ou par curiosité, plus chaleureusement par amour ou tout simplement pour échanger commercialement. Ensuite et plus dramatiquement à la suite de guerres, de persécutions religieuses ou de pressions économiques. Le brassage des Hommes est un fait et si nous sommes tous des immigrés issus du berceau de l'humanité, les deux seules grandes différences entre nous sont le moyen et la date d'arrivée... sur "nos terres" d'élection.
On peut dire sans trop se tromper que ces mouvements de populations sont l'un des traits les plus marquants de nos sociétés passées et présentes.

Tout ce "brassage" est constitué d'hommes et de femmes qui se re-trouvent dans la rue, voies de communication définissant un espace de circulation dans la ville, qui ne semble qu’être destinée à desservir les logements et les lieux d’activités des hommes.
Dans ce paysage, des présences fugitives de figures, de visages, parfois absents, tourmentés… sont en perpétuels mouvements voire effacements. La rue tend à niveler chaque histoire individuelle dans une forme moderne d’anonymat, de distance, de brouillage où le déchiffrage incessant de tout le matériau visuel et sonore requiert un décodage spécifique pour devenir récit, poème visuel ou tout simplement effet de sens.
La rue, cet espace de passage, de brassage est parsemée de traces plus ou moins pérennes. Ces traces, ces bruits s’inscrivent visuellement dans les divers espaces que nous traversons. Ils sont à la vue de tous, sous nos regards. Et les murs des rues et autres lieux improbables deviennent des "supports témoins" où sont brassés la plupart de nos "dépositions".
Ces inscriptions très fortes du présent ne dévoilent en rien les particularités de chacun dans leur complexité.
Ces bruits construisent à partir de la mise en mouvement d’indices, tentent de réunifier le disparate dans une forme qui pourrait se démultiplier à l’infini.
Et ainsi de re-trouver un fil invisible sinon perdu, au risque assumé qu'il ne soit que projection personnelle de celui qui regarde les autres.

Dans ce process inépuisable, l’autre offre le miroir nécessaire, le réceptacle idéal où nos humanités se rencontrent, se retrouvent et tissent les récits, les histoires manquantes, fragmentaires, inexprimées, parfois refoulées.
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